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Terres nobles

Le sol joue un rôle fondamental dans la naissance d’un vin. Les racines de ses vignes s’y faufilent et s’en imprègnent. Outre l’élevage déterminé par le vigneron, sa composition explique en grande partie les disparités entre les vins d’un même cépage ou d’un même assemblage, mais issus de lieux différents. Visite souterraine des vignobles français, de leurs terres et de leurs pierres.
Texte Véronique Raisin  Icone temps de lectureLecture 3 min

C’est de sol dont il est ici question, là où tout commence. On dit que la vigne les préfère pauvres, bien au sec, parfois abrupts, rendant la mécanisation difficile, la tâche pénible. C'est vrai. Grès de Montpellier, schistes de Saint-Chinian, argiles et calcaires de la Côte d’Or, graves de Graves (!), marnes bleues du Jura, craie champenoise, sables de Provence, galets de Châteauneuf-du-Pape, granites de Clisson ou du Beaujolais, tuffeau ligérien : ces différents sols, s'ils étaient plantés du même cépage, donneraient tous un vin différent. La profondeur de la terre, son âge géologique, la présence ou non d’oxyde de fer, la densité de l'argile, la dureté du calcaire et sa capacité de filtration, la richesse en limons et en sédiments exercent une influence sur le pied de vigne qui s'y enfonce, parfois jusqu'à une dizaine de mètres, pour y trouver de l'eau.

Et déterminent le « goût » du vin et en tracent les contours, qu'il soit puissant, fin, ferme, minéral, chaleureux, énergique ou tendre. Ocres, blanches, brunes, rougeâtres, noires, ces terres de vignes sont un kaléidoscope somptueux pour le regard, une matière à soupeser et à préserver pour en saisir toutes les finesses, grain par grain.

Grès, argiles et calcaires

Grès, argiles et calcaires se mêlent, des grands crus de Saint-Émilion aux rives de la Loire en passant par celles de la Dordogne. Les propriétés filtrantes du calcaire, la fraîcheur de l’argile sont propices à une culture harmonieuse du raisin. Plus l’argile est dense, plus le vin sera puissant. Parfois veinée de marnes bleues, de présence de crasse de fer ou de manganèse, elle distille subtilement aux raisins ses vertus nourricières.

Plus l’argile est dense,
plus le vin sera puissant.

Les galets polis restituent à la vigne la chaleur emmagasinée durant la journée.

Galets roulés

Les galets roulés de Châteauneuf-du-Pape sont intimement liés à l’histoire du fleuve. Le Rhône a arraché aux Alpes des blocs de pierre qu’il a charriés dans sa course, il y a des milliers d’années. Ces réminiscences de l’ère quaternaire sont encore bien présentes sur le plateau de la Crau, les galets polis restituant à la vigne la chaleur emmagasinée durant la journée. De vrais petits radiateurs, en somme, qui garantissent le parfait mûrissement des raisins !

La craie de champagne

Blanche, friable et riche en carbone, la craie de Champagne est unique. Cette roche calcaire est du pain bénit pour la vigne ! À la fois capable de retenir l’eau et de la drainer, elle officie comme un régulateur hydrique idéal. Le calcium qu’elle contient réussit tout particulièrement bien au chardonnay. On la retrouve principalement sur la célèbre Côte des Blancs, une partie de la Montagne de Reims et du Sézannais.

La craie officie comme un régulateur hydrique idéal.

Les sables, limons, alluvions et graviers

Les sables, limons, alluvions et graviers forment un sol léger et pauvre, peu profond, favorisant des vins dentelés, fins et nuancés. Certains secteurs du Rhône Sud, Fronton et la Camargue retrouvent ce type de formations géologiques, plus pauvres en réserve d’eau, mais plus faciles à travailler que l’argile parce que bien aérées, tendres et friables. Très fertiles, ces alluvions ont été déposées par un torrent lors des périodes de glaciation et se sont sédimentées.

Les sables, limons, alluvions et graviers favorisent des vins dentelés, fins et nuancés.

Schistes, marnes blanches et calcaires

Schistes, marnes blanches et calcaires portent les grands blancs de ce monde, notamment ceux de Loire, qu’ils soient de chenin ou de sauvignon. Ces roches dures et pierreuses, par endroit veinées de quartz et mêlées d’argiles, sont des sols froids qui stimulent l’acidité du raisin. Elles sont présentes en Bourgogne, sur les pentes vertigineuses des coteaux de Savoie ou sur le mythique plateau de Pomerol. Plus au Sud, enveloppées d’un léger couvert sableux, elles font les grandes heures de la syrah du Rhône.

Les schistes, marnes blanches et calcaires stimulent l’acidité du raisin.

Remerciements

Fédération des syndicats de producteurs de Châteauneuf-du-Pape, Mas Amiel, champagne Philippe Gonet, domaine Laurent Martray, domaine Le Rocher des Violettes.