Portrait Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud
Un verre avec

Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud

Un sourire en coin, Gérard Bertrand se dit souvent dans les avions, beaucoup dans les vignes, un peu à L’Hospitalet et accessoirement chez lui, en famille. Ce « chef d’orchestre », comme il se décrit, est à la tête d’un groupe viticole composé d’un fantastique négoce et de quinze domaines, produisant 2 millions de bouteilles par an. L’ancien rugbyman de carrière est amoureux de son Languedoc, où il vise l’excellence viticole, grâce notamment à la biodynamie.
Texte Tristan de Bourbon  Icone temps de lectureLecture 5 min

"J’ai repris le domaine familial au pied levé."

Comment avez-vous effectué vos premiers pas dans l’univers du vin ?

Gérard Bertrand : J’ai fait mon apprentissage au Château de Villemajou, dans le village de Boutenac dans les Corbières. Mon père, propriétaire du domaine, m’a poussé à faire ma première vendange en 1975 — j’avais dix ans. Depuis, j’y ai toujours participé. Avec ma sœur Guilaine, je passais deux mois pendant l’été à travailler dans les vignes de 5 h du matin à 13 h, six jours par semaine. Ma mère Geneviève et mon père Georges nous ont inculqué le travail de la terre et du vignoble. Ensuite, j’ai passé un bac agricole, puis un DUT technique de commercialisation.

Comment avez-vous mené en parallèle une carrière de rugby au plus haut niveau ?

GB : Je n’ai pas fait d’études longues, car je voulais travailler tout en ayant assez de temps pour jouer au rugby. C’était alors ma passion et je jouais déjà en équipe première à Narbonne, en première division. Après l’armée, en 1987, j’ai commencé à travailler officiellement avec mon père, propriétaire du domaine du Château de Villemajou. Il est décédé accidentellement trois mois plus tard. J’ai donc repris l’affaire familiale au pied levé et j’ai poursuivi ma carrière de rugbyman de haut niveau, ce qui était possible puisque le rugby n’était à l’époque pas un sport professionnel. Je travaillais 60 heures par semaine tout en jouant le week-end à Narbonne, et ceci jusqu’en 1993. Là-bas, j’ai remporté trois fois le challenge Yves du Manoir. J’ai terminé par une saison au Stade Français.

"80 % du travail se déroule à la vigne."

Cette activité c’est l’éloge de la patience, il faut quelques défaites pour s’améliorer.

Vin - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud

Comment, Gérard Bertrand, vigneron à la tête d’un domaine, est-il devenu Gérard Bertrand, à la tête de quinze domaines ?

GB : À la fin de ma carrière sportive, j’ai créé ma propre société de négoces, les vins Gérard Bertrand. À mes débuts à Villemajou, je ne produisais qu’un vin rouge et qu’un vin rosé. J’ai donc dû faire mon apprentissage. Je n’avais pas de fortune personnelle. Grâce à la confiance établie avec nos distributeurs mondiaux et aux banques, j’ai amélioré mon projet, je l’ai consolidé. J’ai pris des risques importants, mais utiles, et j’ai beaucoup travaillé. J’ai énormément voyagé pour comprendre les marchés européens et mondiaux. J’ai affiné ma stratégie pour avoir une offre cohérente auprès des clients et des cibles potentielles. Aujourd’hui, le groupe compte 300 employés, contre 3 à nos débuts. Nous possédons quinze domaines, pour un seul à l’origine. Et nous vendons notre vin dans 163 pays au lieu de 3 à l’époque.

Comment vos nouveaux chais, inaugurés en 2015, vous ont-ils permis de faire évoluer vos vins ?

GB : Ils ont incontestablement apporté quelque chose, mais 80 % du travail continue de se dérouler à la vigne. Un magicien comme David Copperfield dans les chais, je n’en ai jamais vu ! Mon père m’a appris une chose essentielle : le vin, c’est mille et un détails. Il m’est arrivé de ne pas être assez attentif, de ne pas planter les bons porte-greffes et les bons cépages au bon endroit, de ne pas déterminer le bon assemblage et la bonne politique tarifaire, de ne pas comprendre les besoins de mes distributeurs... Cette activité c’est l’éloge de la patience, il faut quelques défaites pour s’améliorer.

"L’objectif numéro un demeure l’excellence qualitative."

La reprise du Château L’Hospitalet nous a fait changer de statut.

Vin - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud

Est-ce pour cela que vous vous êtes développé au-delà de la viticulture, en proposant notamment une offre œunotouristique ?

GB : Nous faisons un métier où il n’y a pas que des grandes années, même si dans le Languedoc nous avons au moins de bonnes années. La reprise en 2002 du Château l’Hospitalet nous a permis de changer de statut. Avec un grand restaurant, un hôtel et des boutiques artisanales, nous avons développé l’œnotourisme et nous avons renforcé l’expérience des gens qui viennent nous voir, c’est-à-dire le partage avec nos clients internationaux de l’art de vivre méditerranéen. Cela passe notamment par la biodiversité et par le partenariat initié il y a près de quinze ans avec Air France.

Vous cultivez beaucoup en biodynamie et appliquez les préceptes de Rudolf Steiner, comme planter de la corne de vache dans les sols ou effectuer les assemblages selon le rythme lunaire. Ne serait-ce pas des superstitions de sportif ?

GB : Le rugbyman n’est pas superstitieux donc je ne le suis pas. Steiner a changé ma vie, la biodynamie a modifié ma façon d’appréhender le monde, et notamment d’ouvrir ma conscience au vivant, à la biodiversité, à la connexion avec le cosmos. J’ai développé mon ressenti.

"La biodynamie a changé ma façon d’appréhender le monde."

100 % des vins de nos propriétés sont en biodynamie. Cela fait de nous le leader mondial du secteur avec 800 hectares convertis en biodynamie.

Vendanges - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud

Comment est-ce perceptible sur vos vins ?

GB : Je ne fais pas les mêmes vins qu’il y a quinze ans : ils ont beaucoup plus de vibrations, de fraîcheur, de minéralité et de complexité. Cela est visible lorsque nous faisons des verticales (comparaison de plusieurs millésimes d’un même vin. NDLR), sur les rouges et encore plus sur les blancs : nous avons plus d’acidité, des pH plus bas et des potentiels de garde plus importants. Si bien qu’aujourd’hui, 30 % des vins que nous distribuons sont bio et 100 % des vins de nos propriétés sont en biodynamie. Cela fait de nous le leader mondial du secteur avec huit cents hectares convertis en biodynamie.

"Je ne fais pas les mêmes vins qu’il y a quinze ans."

Vin - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud

Comment vos vins racontent-ils votre territoire ?

GB : Le dénominateur commun des deux tiers des propriétés est l’utilisation des cépages méditerranéens : le grenache, le carignan, le mourvèdre et la syrah pour les rouges ; la roussanne, la marsanne, le bourboulenc, le vermentino et le viognier pour les blancs ; le grenache, le cinsault et la syrah pour l’essentiel des rosés. Dans les propriétés restantes, nous avons utilisé les potentiels des terroirs : à Limoux, nous nous sommes concentrés sur le chardonnay et les pinots, dans le Carcassonnais sur le merlot, le cabernet-sauvignon et le cabernet franc. Nous avons aussi innové en plantant du gewurztraminer et du pinot gris. Nous produisons donc une trentaine de cépages sur nos huit cents hectares de propriétés, qui donnent deux millions de bouteilles. Cette diversité permet de répondre à de nombreux besoins de consommateurs, d’expérimenter et de s’amuser, car la vie doit rester une expérience et le vin un plaisir pour ceux qui le boivent et ceux qui le font. Même si l’objectif numéro 1 demeure l’excellence qualitative et la promotion des terroirs et des territoires du Languedoc et du Roussillon, que l’on appelle à l’étranger le sud de la France.

Carte Domaines - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud

CAP AU SUD : la carte des Domaines & Châteaux Gérard Bertrand

1. Château de La Soujeole
Malepère

2. Château Laville
Bertrou - Minervois-la-livinière

3. Château la Sauvageonne
Terrasses du Larzac

4. Château L’Hospitalet
Coteaux du Languedoc / La Clape

5. Cigalus
Aude-Hauterive

6. Clos d’Ora
Minervois-la-livinière

7. Domaine de l’Aigle
Limoux / Haute Vallée de l’Aude

8. Château de Villemajou
Corbières Boutenac

Vin - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud
Vin - Gérard Bertrand, le géant du Grand Sud
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